BIP : Service Protestant Français de Presse et d’Information

BIP
Service Protestant Français de Presse et d’Information
Sous les auspices de la Fédération protestante de France 

B.I.P. n° 51 du 11 juin 1963

WASHIGTON - Le protestantisme américain et la ségrégation raciale…
Accusé de « manifestations inopportunes » par certaines Eglises des Etats du Sud aux U.S.A., le pasteur noir Martin Luther KINg a répondu que « l’action directe non violente a pour but de créer un état de crise et d’établir une tension telle qu’un communauté ayant toujours refusé de négocier soit contrainte de le faire. Ce genre d’action cherche à mettre en évidence un problème, de telle façon qu’il ne puisse être ignoré… Une douloureuse expérience a montré que la liberté n’est jamais librement accordée par l’oppresseur ; elle doit être réclamée par l’opprimé. »
Par ailleurs, l’Eglise presbytérienne unie des U.S.A. qui vient d’affecter une somme de 2,5 millions de francs pour la lutte contre la ségrégation raciale a également créé un comité de vigilance formé de 18 membres, en majorité noirs. Et tandis que le prix Nobel de la Paix, Ralph BUNCHE accusait la Convention baptiste américaine de n’être pas exemptes de reproches à ce sujet, l’Evêque Lichtenberger de l’Eglise protestante épiscopale des U.S.A. déclarait : « Le droit de voter, de manger où l’on en a envie, d’avoir un emploi normal et d’être décemment logé n’est pas de ceux qui peuvent être discutés. Qu’ils doivent être obtenus de façon spectaculaire est une honte pour nous. Ces droits sont des Noirs comme ceux des Blancs, parce qu’ils sont des droits élémentaires de l’homme, du citoyen. (B.I.P.)

B.I.P. n° 59 du 4 septembre 1963

ROCHESTER, N.Y. : Les Eglises américaines ont motivé leur participation à la marche sur Washington
Le pasteur Robert SPIKE, directeur de la Commission Religion et Race, souligne que ce sont des positions théologiques qui ont poussé les Eglises à participer à cette manifestation non partisane. Christ a voulu partager notre destinée humaine, il a prêché la justice et pratiqué la compassion envers toute souffrance. En tant que ses disciples, les chrétiens ne sauraient être indifférents aux grands conflits que confronte la nation. « Nous ne pouvons exhorter nos fidèles à la réconciliation avec leurs frères si nous ne prenons part à leur lutte, acceptant certains risques.
L’Eglise ne saurait se placer au dessus de cette lutte pour la justice. Elle ne peut simplement condamner ceux qui ne saisissent les conséquences morales du maintien de la ségrégation. La majorité des Eglises ont pris position d’une manière claire et non équivoque. Ce qui est nouveau en 1963 c’est que le principe d’équité doit maintenant passer de la résolution écrite à l’action.
L’action entraîne certains risques. La marche sur Washington n’y échappe pas. Mais aucun de ces risques ne dépasse celui d’un non-engagement ou de simples déclarations platoniques. » (B.I.P.)

B.I.P. n°76 du 11 février 1964

STOCKHOLM : LE PASTEUR KING PROPOSE POUR LE PRIX NOBEL DE LA PAIX
Huit parlementaires suédois appartenant à différents groupes politiques, ont proposé le pasteur noir américain Martin Luther King, d’Atlanta, comme candidat au prix Nobel 1964 pour la paix. Ils ont mis en évidence le fait que le pasteur King, leader du mouvement d’émancipation des Noirs américains depuis 1955, a su convaincre ses partisans de maintenir le principe de la non-violence en évitant toute effusion de sang.
La commission parlementaire suédoise du prix Nobel a accepté cette candidature. (B.I.P.)

B.I.P. n° 99 du 18 août 1964

DOCUMENT – GENEVE : Résolution en faveur de la justice raciale du Comité exécutif du C.O.E.

• Le comité exécutif du C.O.E., réuni à Tutzing, a pris connaissance de rapports sur la position des églises face aux conflits raciaux dans plusieurs parties du monde, notamment aux Etats-Unis et en Afrique du Sud.

Alors qu’il siégeait à Rochester en août 1963, le C.O.E. avait appelé les chrétiens et les églises à participer aux efforts de ceux qui mènent la lutte pour l’égalité raciale. Il leur a demandé, en outre, de veiller à ce que leurs propres communautés accueillent tous les croyants, sans aucune discrimination et dans un esprit fraternel. C’est avec une grande reconnaissance envers Dieu que le Comité exécutif prend acte de l’œuvre déjà accomplie sur ces deux plans.
Mais il reste encore beaucoup à faire. Les préjugés raciaux demeurent une menace constante partout où cohabitent des personnes de races différentes. Une fois les passions raciales éveillées, il devient extrêmement difficile de trouver des solutions bonnes et équitables aux problèmes qui les excitent…

La tension raciale aux Etats-Unis.

Il ne faut pas que l’aggravation actuelle de la situation fasse oublier le grand progrès représenté par l’adoption du projet de loi sur les droits civiques aux USA. Le comité exécutif relève avec gratitude le rôle important joué par les églises dans ce domaine…
Nous déplorons les agissements de ceux qui s’opposent à une nouvelle conception des relations raciales et sont ainsi la cause de manifestations de violence. Nous déplorons également les démonstrations de violence extrême suscitées dans une certaine mesure par des sentiments de frustration très anciens. Mais ces désordres ne devraient pas faire hésiter les chrétiens à s’engager dans le combat contre la discrimination et les préjugés raciaux. Au contraire, ces troubles devraient les rendre davantage conscients de la nécessité urgente d’une réconciliation sociale et les encourage à redoubler leurs efforts. Nous exprimons notre approbation pour le courage et le dévouement montrés par beaucoup et notamment des pasteurs chrétiens. Des jeunes gens de toutes races ont souvent montré la voie par l’exemple de leur courage et leur sagesse. Nous rappelons également les programmes efficaces d’action non violente qui ont été réalisés avec discipline et assiduité.

(…)

(B.I.P.)

B.I.P. n°109 du 24 novembre 1964

COLOMBUS : L’UNITE DES LUTHERIENS AUX U.S.A.

L’Eglise luthérienne Américaine a pris, lors de sa seconde assemblée générale, cet automne, plusieurs décisions dont le but final est l’unité luthérienne en Amérique. L’une des résolutions demande que soit entreprise avec l’Eglise luthérienne du Synode de Missouri une recherche pour une communion de la prédication et du culte entre ces deux églises luthériennes en Amérique.
A cette même Assemblée, le Dr. F.A. SCHIOTZ a déclaré que l’Eglise, à cette génération, « pouvait très bien s’affirmer - ou tomber - par sa proclamation et mis en pratique de l’équité dans les relations humaines ». Il a lancé un appel pour la défense absolue des droits civils, par tous les moyens pacifiques.
Evoquant avec précision le problème racial, ses exigences pour chaque chrétien dans les questions de travail et de logement, il a rappelé que le Christ était mort pour tous et que cela était plus important que la crainte d’être taxé de communisme parce que l’on défendait la cause d’un Noir.

B.I.P. n° 112 du 15 décembre 1964

JACKSON (U.S.A.) : LES BAPTISTES DU MISSISSIPI FACE AU PROBLEME NOIR

La Convention Baptiste du Mississipi, réunie à Jackson, a, pour la première fois, reconnu officiellement l’existence d’un problème social dans l’Etat du Mississipi. Dans une déclaration en 10 points, elle adresse un appel pour qu’on laisse les habitants du Mississipi résoudre eux-mêmes ce problème social et déplore « chaque acte de violence ou d’illégalité qui a lieu dans l’Etat ». Elle reconnaît que « de graves problèmes sociaux » y existent mais « qu’ils présentent au monde entier une image défavorable et largement fausse de leur Etat.
« Puisque la majorité de la population du Mississipi, des deux races, est chrétienne, il est évident que ces chrétiens doivent travailler à trouver une solution ».
Une résolution recommande une action pour la mise en application de lois « cherchant à prévenir les actes de violence et d’illégalité » et un autre point de la déclaration félicite le comité baptiste qui œuvre « pour aider les églises (noires) dont les biens ont été détruits durant le conflit racial ». La déclaration conclue : « Nous demandons avec insistance à chaque église et à chaque baptiste de l’Etat, de reconnaître sa responsabilité dans ces problèmes, et de prier et de travailler pour leur solution, de sorte que la paix chrétienne puisse revenir dans notre Etat ».
Le pasteur Martin Luther KING, qui est baptiste, vient de prendre une position différente, à la radio norvégienne, peu après avoir reçu le prix Nobel de la Paix. IL a annoncé qu’il avait l’intention de demander au président JOHNSON, d’intervenir directement dans les évènements tragiques du Mississipi et a laissé entendre qu’une action de boycottage contre la production du Mississipi pourrait être entreprise afin « que les autorités de cet Etat soient amenées à être plus justes envers les Noirs ». (B.I.P.)

B.I.P n° 120 du 9 février 1965

P. 2 : Les Chrétiens contre la ségrégation raciale aux U.S.A.
Le pasteur Martin Luther KING, prix Nobel de la Paix et organisateur d’une campagne non-violente en faveur du vote des noirs en Alabama, arrêté avec une centaine d’autres manifestants et incarcéré à la prison de Selma, a été libéré le 5 février, après avoir versé la caution réclamée pour sa mise en liberté provisoire. Le pasteur KING a motivé sa décision par son intention de tenter de rencontrer le président JOHNSON pour discuter avec lui des problèmes de l’inscription des Noirs de l’Alabama sur les listes d’électeurs. Peu avant cette nouvelle affaire, l’abbé John COFFIELD, curé d’une paroisse de mexicains et de noirs à Los Angeles, depuis 25 ans, a été envoyé en « vacances forcées » après avoir été prié de garder le silence par son Cardinal, Mgr Mc INTYRZ. L’abbé avait contesté un amendement raciste à la constitution de l’Etat de Californie. L’affaire fait passablement du bruit dans les milieux catholiques américains, car non seulement l’abbé COFFIELD a refusé de se taire, mais il s’est volontairement exilé à Chicago. Il s’en est expliqué en ces termes : « La loi évidente de l’obéissance est que nous n’avons pas à obéir quand nous sommes certains qu’obéir serait pécher, que l’ordre soit donné par un père, une mère, un prêtre, un évêque ou un cardinal… » (B.I.P.)

B.I.P. n°125 du 30 mars 1965

P.1-2 : NEW-YORK : LES PRESBYTERIENS AMERICAINS DEMANDENT QU’UNE ACTION FEDERALE SOIT ENTREPRISE EN FAVEUR DU DROIT DE VOTE DES NOIRS.

Avant les prises de position du président JOHNSON, le conseil général de l’Eglise presbytérienne unie des U.S.A. avait demandé avec insistance aux 3 300 000 membres de cette Eglise d’adresser une requête au président des Etats-Unis, au procureur général et aux membres du Congrès, les priant d’établir rapidement la loi et l’ordre en Alabama et « dans tout autre Etat où le gouvernement local ne protège pas l’exercice des droits constitutionnels de tous les citoyens des Etats-Unis ».
Le conseil a fait l’éloge des citoyens de l’Alabama qui ont soutenu publiquement leurs frères noirs dans leurs luttes. Il a aussi approuvé les membres de l’Eglise qui ont répondu à l’appel du pasteur Martin Luther KING en se rendant personnellement à Selma et en y soutenant les efforts tenté pour que tous les citoyens bénéficient des droits constitutionnels. La résolution déclare que l’Eglise « doit continuer ses efforts pour être un agent de réconciliation, mais rappelle qu’une véritable réconciliation n’est jamais possible quand on ferme les yeux sur l’injustice ».
D’autre part, le rapport de la commission d’enquête quaker sur les églises incendiées du Mississipi annonce qu’il faudrait au moins 400 ou 500 000 dollars pour reconstruire les 36 églises incendiées depuis le début de l’été 1964. La plupart de ces églises n’étaient pas assurées et leurs fidèles ne rencontrent qu’une aide fort limitée, malgré les souscriptions ouvertes dans quelques églises blanches du Sud. » (B.I.P.)

B.I.P. n° 144 du 28 septembre 1965

PARIS : Martin Luther KING A PARIS :
Le pasteur Martin Luther KING, président de la « Southern Christian Leadership Conference » des Etats-Unis d’Amérique et pasteur de l’Eglise baptiste d’Atlanta (Géorgie), sera à Paris les 24 et 25 octobre prochains, ayant accepté l’invitation de l’Eglise Américaine de Paris et celle de la Fédération Protestante de France.
Le dimanche matin 24 octobre, le Rév. Dr. Martin Luther KING prêchera en anglais à l’Eglise américaine 65, quai d’Orsay – Paris 7e. Ce sera la première fois que le Dr KING prêchera à Paris.
Le dimanche soir, la Fédération Protestante de France a demandé au Dr. Martin Luther KING de donner une conférence publique à la Maison de la Mutualité, 24, rue Saint Victor-Paris 5e, à 20 h 45. Une traduction simultanée de la conférence est assurée en français.
La matinée du Lundi 25 octobre sera réservée à un entretien du Dr. Martin Luther KING avec tous les pasteurs de Paris, français et étrangers. A cette réunion privée seront invitées également les femmes des pasteurs.
On se souvient que le Dr Martin Luther KING a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1964.
Il sera accompagné à Paris par le Rév. Andrew J. Young, secrétaire général de la « Southern Christian Leadership Conférence ».
(B.I.P.)

B.I.P. n° 147 du 19 octobre 1965

PARIS : MARTIN LUTHER KING A LA MUTUALITE
Le pasteur Martin Luther KING, prix Nobel de la Paix, apôtre de la non-violence dans les conflits raciaux aux U.S.A. donnera une conférence publique sous la présidence du pasteur Charles WESPHAL, le
DIMANCHE 24 OCTOBRE à 20h45
Salle de la Mutualité (24 rue St-Victor – Paris 5e, métro : Maubert - Mutualité).

Placée sous les auspices de la Fédération protestante de France, cette conférence traduite simultanément en français, aura pour thème :

« L’EGLISE DANS UN MONDE EN REVOLUTION »
(B.I.P.)

NEW-YORK : TRAVAUX SUR LA RELIGION ET LES PROBLEMES RACIAUX AUX U.S.A.
Réunie à New-York fin septembre, la commission sur la religion et les problèmes raciaux de l’Eglise presbytérienne unie aux USA (UPUSA) a fait des projets à long terme pour ses activités futures et a approuvé le financement d’une très vaste série de projets.
Sous la présidence de M. MASHAL L. Scott, cet organisme, qui compte 44 membres, a décidé de demander à l’Assemblée générale de l’Eglise de proroger son mandat jusqu’en 1969.
Parmi les projets qui ont été acceptés, il faut citer l’aide accorder à Hosea Williams, un laïc de l’UPUSA qui fait partie du personnel de la « Southern Christian Leadership Conference » (conférence pour la responsabilité chrétienne dans les états du Sud), présidée par le pasteur Martin Luther King ; une contribution conditionnelle à un programme de lutte contre la pauvreté dans le quartier de Watts, à Los Angeles, détruis par les émeutes d’août et le financement d’une étude su la nature profonde du préjugé. (B.I.P.)

NEW-YORK : LE PROBLEME DE M. Luther KING OU DES DIFFICULTES D’INTEGRATION RACIALE AUX U.S.A.
Un militant intégrationniste blanc a été extrait de sa voiture et battu à coups de poing par plusieurs blancs, jeudi à Crawfordville où depuis plusieurs jours se déroulent des manifestations en faveur de l’intégration scolaire.
M. Bill TRAINER, vingt-deux-ans, de New-York, a été secouru par un policier de l’état de Georgie. Ses assaillants ont été appréhendés et aussitôt relâchés. L’incident a eu lieu au moment où – comme ils le font presque quotidiennement – des écoliers noirs tentaient de monter à bord d’un autobus transportant les élèves blancs vers les écoles du comté voisin, dont les établissements scolaires n’admettent pas encore les jeunes Noirs. Toutes les écoles « pour Blancs seuls » du comté où est situé Crawford-ville ont en effet fermé leurs portes pour éviter d’avoir à admettre des Noirs. 
D’autre part, la municipalité de Birmingham (Alabama) a voté une résolution déclarant que toute référence à la race, à la couleur ou à la croyance dans la réglementation du service des ambulances de la ville était « profondément dangereuse ».
Cette mesure a été prise à la suite de la mort d’un Noir, victime d’un accident de la circulation, que le conducteur blanc d’une ambulance avait refusé de conduire à l’hôpital. Il existait en effet des ambulanciers blancs indiquant qu’ils n’étaient pas tenus de porter secours aux Noirs ; de leur côté, les ambulanciers noirs n’étaient pas tenus de porter secours aux blancs. (B.I.P.)

B.I.P. n° 148 du 26 octobre 1965

PARIS : MARTIN LUTHER KING : UN AMOUR QUI CONVAINC.

Le pasteur Martin Luther KING, prix Nobel de la Paix en 1964 et leader de la non-violence aux U.S.A. pour la justice raciale, s’est adressé pour la première fois aux Français, les 24 et 25 octobre.
Il ne put prévoir qu’un bref séjour, en raison de l’agitation actuelle aux Etats-Unis. Il a cependant réservé deux journées pour présider le Culte de l’Eglise américaine à Paris et donner une conférence à la Mutualité le dimanche soir. On trouvera en fin de B.I.P. l’essentiel de son exposé fait devant une foule de quelques 5 000 personnes.
Le lundi matin, dans les locaux de l’Eglise Réformée de l’Annonciation, il s’est fraternellement entretenu avec les pasteurs de la région parisienne. La conférence, comme la pastorale, étaient présidées par le pasteur Charles Westphal, président de la Fédération protestante de France.
A la pastorale, il devait notamment préciser que GANDHI lui avait inspiré des techniques, mais que l’esprit de la non-violence voulait être celui du Christ… « La vieille philosophie, œil pour œil, ne finit, en effet, par ne plus laisser que des aveugles, alors que l’Amour finit toujours par convaincre les pires ennemis, serait-ce au prix de sa propre vie… La non-violence, ajouta-t-il, n’est pas toute l’éthique chrétienne mais l’éthique d’amour du Christ est au centre de la technique non-violente… » (B.I.P.)

PARIS : « AUCUN ASSASSIN DE NON-VIOLENTS N’A ENCORE ETE PUNI PAR LA LOI AUX U.S.A. » A DECLARE MARTIN-LUTHER KING A PARIS.

Le récent acquittement de Thomas Coleman, en Alabama, qui était accusé de meurtre d’un étudiant séminariste participant à la lutte pour les droits civils, a provoqué des protestations véhémentes chez des hommes d’église américains.
Le Rev. John E. HINES, évêque président de l’Eglises Episcopale, dénonça l’acquittement en le qualifiant de « parodie de la justice », en particulier du fait des jurés « dont les préjugés les menaient à sacrifier la justice sur l’autel de leurs craintes dépourvues de raison ».
Le Dr Robert SPIKE, directeur exécutif de la Commission des Religions et des Races du Conseil National des Eglises dit que le verdict fut « une odieuse caricature de la justice » montrant « l’autorisation entière donnée à des hommes d’avoir un permis de chasse contre d’autres hommes ». Il fit remarquer que sur une période de 5 ans, aucun des 25 meurtres commis dans le Sud à propos des droits civils n’avait mené à une condamnation, comme le rappela Martin Luther KING à Paris Dimanche soir. (B.I.P.)

Egalement dans le B.I.P. n°148, page 8, Programme des émissions protestantes O.R.T.F.
Télévision : « Présence protestante », une émission du pasteur Marcel GOSSELIN
Dimanche 7 Novembre 10 h. – 10 h.30
- MARTIN LUTHER KING A PARIS
Pourquoi la non-violence ? Quelle sera la prochaine étape de votre combat ? Le leader intégrationniste répond à nos questions.

B.I.P. n° 149 du 9 novembre 1965

MINNEAPOLIS : UN PASTEUR NOIR ELU PRESIDENT DES BAPTISTES AMERICAINS DU MINNESOTA.
Un pasteur noir dirigera cette année la Convention des Eglises Baptises Américaines de Minnesota, à forte prédominance blanche.
James R. HOLLOWAY, âgé de 53 ans, pasteur à Minneapolis, a été en effet élu à cette responsabilité à la convention annuelle, qui représente 13 000 baptistes.
Prenant la parole à cette occasion, ROBERT G. TORBET, de Kansas City, président de la Convention Baptiste Américaine, appela les Baptistes à « sortir de leur isolement et de leur provincialisme dans l’unité chrétienne ». (B.I.P.)

B.I.P. n°151 du 23 novembre 1965

PARIS : AIDE DU PROTESTANTISME FRANÇAIS A LA LUTTE ANTI-RACISME AUX U.S.A.
A la suite de la Conférence du 24 octobre de M. Martin Luther KING, la Fédération protestante de France, après déduction des frais, a pu adresser à M. Martin Luther KING la contrevaleur de 6 126, 25 Fr pour la « Southern Christian Leadership Conference », dont M. KING est président.
D’autre part, la Cimade et la Commission d’Entraide des Eglises de la Fédération Protestante de France ont adressé ensemble 9 800 Fr destinés à aider le projet des Eglises Américaines, désigné sous le nom de « Delta Ministry ».
Le « Delta Ministry » est le premier projet de service à long terme lancé par le Conseil National des Eglises aux Etats-Unis en Septembre 1964. Dans le cadre du mouvement de lutte en faveur des droits civiques, cinq points d’implantation ont été choisis dans l’Etat du Mississipi, bastion de la ségrégation raciale et l’un des Etats les plus pauvres des U.S.A.
Les quatorze équipiers du Delta Ministry ont trois principaux axes d’activités : éducation civique et formation des cadres, santé, aide matérielle et sociale. C’est la première fois qu’un action d’entraide aux Etats-Unis est soutenue par les Eglises du monde entier - dont la France - par l’intermédiaire du Conseil œcuménique des Eglises. (B.I.P.)

B.I.P. n° 169 DU 5 Avril 1966

LYON : CONFERENCE DU PASTEUR MARTIN LUTHER KING A LYON.
Invité par un Comité d’accueil formé à l’initiative de la Ligue contre le racisme et de l’antisémitisme et le Cercle de la liberté de la culture et comprenant notamment M. Louis PRADEL, Maire de Lyon, le Cardinal VILLOT, le pasteur ATGER et le Grand Rabbin KLING, Martin Luther KING s’est adressé à la population lyonnaise : Près de 4000 personnes, ce qui est une affluence sans précédent à Lyon, se sont ainsi rassemblées le Mardi 29 Mars à la Bourse du Travail pour entendre le prix Nobel de la Paix, qui était présenté par le pasteur J. MARTIN.
Après avoir retracé les grandes lignes de la discrimination raciale aux Etats-Unis, le pasteur Martin Luther KING dit sa joie de voir de nombreux américains blancs, venant aussi bien des universités que des syndicats, participer à ce combat pour une minorité opprimée : « Il nous faut lutter, dit-il, contre le colonialisme interne ». Il termina en soulignant l’encouragement que doit être pour ce combat le succès remporté par sa campagne depuis les évènements de Montgomery. (B.I.P.) 

B.I.P. n° 182 du 9 août 1966

CHICAGO : LUTHER KING AU CŒUR DES EMEUTES RACIALES.
« Il faut que je paie de ma personne pour que cette haine sorte au grand jour. Je n’en ai jamais vu de semblable, même pas au Mississipi ni dans l’Alabama », a déclaré le pasteur Martin Luther KING au moment où il se relevait après avoir reçu une pierre sur la tête. Assailli de toute part à Chicago par plusieurs milliers de blancs déchaînés, il devait éviter quelques instants plus tard un couteau qui blessa grièvement un jeune homme. De plu en plus isolé par des noirs exaspérés qui ont lancé le slogan « Black Power » (pouvoir aux noirs) et dont le leader est CARMICHAEL, le leader chrétien de la non-violence est pris entre l’excitation de ses frères de couleur et la haine semée par le Ku Klux Khan et les néo-nazis blancs.
Luther KING a cependant fait le sacrifice de sa vie car il a déclaré : « Je reviendrai tant que les noirs ne seront pas en sécurité ». (B.I.P.)

B.I.P. n° 211 du 18 avril 1967

NEW-YORK : UNITE DE CHRETIENS NOIRS ET BLANCS AMERICAINS CONTRE LA GUERRE AU VIETNAM
On sait que pour la première fois des manifestations de masse – notamment à New-York devant le siège de l’O.N.U. - ont réuni noirs et blancs américains contre la guerre au Vietnam.
Le pasteur Martin-Luther KING, prix Nobel de la Paix et leader non violent de l’égalité raciale aux U.S.A. a pris la parole devant - dit-on - près de 300 000 personnes. Il a redit ce qu’il avait déclaré peu de jours auparavant à la Riverside Church à New-York dans le cadre d’une conférence organisée par le « Comité du clergé et des laïcs » préoccupés par cette guerre que mène leur gouvernement. M.L. KING a notamment précisé les points suivants susceptibles de conduire à une solution du conflit :

- « Arrêt des bombardements, aussi bien du Nord que du Sud ;

- Cessez-le-feu unilatéral de la part des Etats-Unis ;

- Arrêt de l’implantation militaire des Etats-Unis en Thaïlande et au Laos ;

- Reconnaissance du rôle joué par le Front national de libération du Vietnam du Sud et participation du FNL à des négociations ;

- Détermination de la date à laquelle toutes les troupes étrangères devront quitter le Vietnam, ainsi que le prévoient les accords de Genève ;

« Pendant trois ans, a-t-il déclaré - j’ai voyagé dans les cités du Nord pour organiser la campagne contre les taudis. J’ai circulé au milieu des désespérés, des repoussés, parmi les jeunes pleins de colère. Je leur ai dit que les bouteilles incendiaires et les revolvers ne résoudront pas les problèmes. J’ai répété ma conviction qu’une transformation sociale est d’autant plus significative lorsqu’elle arrive au travers de la non-violence.
« Mais ils m’ont demandé : que se passe-t-il au Vietnam ? Ils m’ont demandé si notre pays n’était pas en train d’utiliser la violence, en doses massives. Leurs demandes ont f rappé droit au but et j’ai compris que je ne pourrai plus jamais élever la voix contre la violence de ceux qui vivent dans l’oppression des ghettos si je n’avais pas auparavant parlé clairement au plus grand créateur de violence qui existe aujourd’hui dans le monde : le gouvernement des Etats-Unis. » (B.I.P.)

B.I.P. n° 246 du 6 février 1968

NEW-YORK : MARCHE ET MANIFESTATION A WASHINGTON ANNONCEE PAR MARTIN LUTHER KING
Le pasteur Martin Luther KING vient de faire savoir que des manifestations de masse auront lieu en avril prochain à Washington. Celles-ci débuteront par une marche analogue à celle de Selma en 1965, sur la Capitale. Ensuite, les « marcheurs » camperont dans des sortes de bidonvilles provisoires pour montrer comment vivent des millions de gens.
« Je suis allée dans ces ghettos, a-t-il déclaré. Je sais que le mécontentement éclatera si quelque chose n’est pas fait rapidement. Nous avons fait tout notre possible pour que le pays réponde à la non-violence. S’il refuse de le faire, la population noire aura le droit d’accroître sa colère… Nous avons l’intention d’attendre sur place une réponse… Les mesures explosives ne seront utilisées qu’en dernier ressort… » (B.I.P.)

B.I.P. n°257 du 23 avril 1968

WASHINGTON : APRES L’ASSASSINAT DU PASTEUR MARTIN LUTHER KING
On relève dans l’hebdomadaire « Réforme » sous la signature de son correspondant à Washington, Pierre SEGUY, un article consacré aux violences qui ont suivi la mort du Pasteur Martin Luther KING. En voici quelques passages concernant les causes de la misère des noirs :
« j’ai vécu l’épitaphe de Martin Luther KING écrite dans le feu et dans les ruines de la capitale américaine. C’était un épilogue indigne de l’apôtre de la non-violence, un post-scriptum à sa vie contraire à son enseignement, une orgie aveugle à l’encontre de sa volonté et une fête populaire qu’il aurait déploré et condamnée dans les termes les plus forts…
… Parmi les raisons que l’on peut donner pour analyser les causes de cette conflagration, celle de l’assassinat du Dr Martin Luther KING est la moins vraisemblable de toutes…
Les causes réelles, proches et lointaines, sont tout autres ; il faut les chercher dans la pauvreté des Noirs, dans les programmes de la télévision américaine et dans les ventes à crédit pratiquées par les Blancs dans les quartiers noirs de la ville.
Car la pauvreté existe à Washington. Il est vrai que l’immense majorité des Noirs est déjà bourgeoise et vit dans des maisons dont ils sont propriétaires. Le gouvernement embauche en effet sans discrimination aucune et les employés dans les bureaux de poste et à la mairie sont noirs à 90%. Mais précisément parce que l’émancipation est facile, des quantités de Noirs sans instruction et sans métier montent des campagnes du Sud vers la capitale. Ces hommes et ces femmes, souvent illéttrés, sont pauvres et restent pauvres au milieu d’une société en plein évolution…
… Plus importante encore que la pauvreté cependant, dans les origines de la révolte, est la télévision, seul grand luxe des pauvres et des Noirs à peine sortis de la pauvreté. Cette boîte à illusion fait miroiter devant les yeux des « pauvres » un monde faux et factice aux valeurs trompeuses. Les blancs y sont toujours bien habillés, vivent dans des maisons confortables et grimpent les échelons du succès matériel et social à une allure vertigineuse.
Pire encore : la publicité éhontée des chaînes américaines amène dans les maisons des Noirs mêmes des produits que bien peu d’entre eux peuvent espérer posséder au cours de leur vie…
… Mais l’histoire ne finit pas encore là. Car tous les produits ou presque que vante la télévision (ou au moins leur contrefaçon de pacotille) sont là, dans les quartiers noirs, dans les vitrines des marchands, blancs pour la plupart. Entrez-y et un commis vous vendra tout et n’importe quoi à crédit ; sans arrhes, avec trois ou quatre dollars par semaine pour des années…
… Or les vraies victimes de ces combats « à la manque » insensée et au bord de la psychose freudienne ne sont aucunement les Blancs. Les pertes des marchands sont en grande partie couvertes par les assurances et la majorité d’entre eux garde quelque part en lieu sûr, les duplicata des livres de compte.
Ceux qui souffrent sont les Noirs : leurs appartements ont été engloutis dans le feu ; ils doivent maintenant faire de longs trajets pour le moindre achat…
… Tout, cependant, n’est pas souffrance et désespoir à Washington. An nom de Martin Luther KING une solidarité jusqu’alors inexistante unit maintenant la communauté blanche et les Noirs en détresse. Des centaines d’églises blanches ont ouvert leurs portes aux sinistrés et distribuent nourriture, couverture et vêtements. Un comité d’hommes d’affaires blancs s’est constitué et distribue entre 30 000 et 40 000 repas par jour. Des crédits spéciaux ont été alloués aux services municipaux qui prennent en main la réorganisation de la vie quotidienne des quartiers dévastés… »

Nous rappelons le texte diffusé par la Fédération protestante de France à l’annonce de l’assassinat :
« A l’annonce de l’assassinat du pasteur Martin Luther KING, le pasteur Charles WESTPHAL a envoyé un télégramme à Mme KING, au nom de la Fédération protestante de France, pour lui exprimer la douleur et l’intercession du protestantisme français.
La Fédération protestante de France avait eu l’honneur de recevoir le pasteur Martin Luther KING lors de son passage à Paris le 24 octobre 1965. Il avait donné à cette occasion une conférence à la Mutualité sous le titre : « L’Eglise dans un monde en révolution ».
Il avait présidé une rencontre entre les pasteurs de la région parisienne.
Tous ceux qui l’avaient entendu avaient été impressionnés par l’autorité spirituelle et le courage de cet apôtre de la non-violence.
A la veille de la Semaine Sainte, cette mort d’un homme vraiment donné tout entier, au nom de l’Evangile du Christ, à la grande cause de la réconciliation des classes, des races et des nations, constitue le plus exigeant appel. »
(B.I.P.)

B.I.P. n°272 du 17 septembre 1968

PARIS : APPEL EN FAVEUR DES NOIRS AMERICAINS VICTIMES DE LA REPRESSION
Des faits récents rappellent à l’opinion publique mondiale la situation dramatique dans laquelle se trouve la communauté noire aux Etats-Unis.
La ségrégation, l’oppression économique et raciale, la violence, exercées contre les Noirs ont créé inévitablement les conditions d’affrontement sanglants entre ceux qui sont depuis toujours des victimes sans défense ni recours et les forces de l’ordre, les organisations ségrégationnistes et les éléments racistes.
Les Noirs ont finalement découvert que la résistance passive était impuissante à les protéger contre les exactions, les rafles « au faciès » et les pogroms organisé.
En conséquence, ils ont mis sur pied des groupes d’auto-défense. C’est dans ce contexte que :

- Huey P. NEWTON, 26 ans, un des responsables du parti de la « Panthère Noire », tombe, grièvement blessé dans une embuscade organisée par la police d’OAKLAND (Californie), est accusé d’homicide et risque une peine de 15 ans de prison ;
- Phil HUTCHINS, secrétaire du S.N.C.C., John WILSON, président de l’Union des Noirs contre la guerre du VIETNAM, Charles COHEN et quatre autres membres du X.N.C.C. ont été arrêtés à Saint-Louis (Missouri), pour avoir organisé une réunion soit disant illégale.

Dans le même temps, se poursuivent les procès intentés à Rap BROWN et à Cleveland SELLER, membre du S.N.C.C., ce dernier, blessé et arrêté dans la sanglante répression déclenchée contre les étudiants noirs à ORANGEBOURG (Caroline du Sud) en février dernier.
Il est significatif que toutes ces mesures répressives visent essentiellement des militants d’organisations qui, dans la communauté noire, luttant résolument contre la guerre du VIETNAM.
Sans vouloir porter un jugement sur les moyens choisi par cette communauté pour assurer sa survie aux Etats-Unis, les personnalités soussignées :

- condamnent la sauvage répression dont sont quotidiennement victimes les nègre aux Etats-Unis,

- demandent la libération immédiate de ces hommes qui militent et qui luttent pour que soient enfin reconnus à la leur communauté sa dignité et ses droits.

Aimé CESAIRE, Fadilou DIOP (député à l’Assemblée Nationale du Sénégal - avocat à la Cour de Dakar), Joby FANON (Inspecteur des Douanes), Marcel MANVILLE (avocat à la Cour).
Prière d’envoyer les signatures à : Maître MANVILLE, 19 rue Vernier, Paris 17e
Un nombre considérable de personnalités politiques de tout parti, de prêtres, de pasteurs et de laïcs ont déjà signé cet appel. (B.I.P.)

B.I.P n° 278 du 29 octobre 1968

Document 2
SUR LA SITUATION DES MINORITES AUX Etats-Unis

Nous relevons dans la « Vie quaker » cet article consacré à la misère des groupements minoritaires aux Etats-Unis.
Il existe de la pauvreté aux U.S.A., surtout parmi les minorités noires, mexicaines, portoricaines et indiennes. Bien que d’autres groupements nationaux – italiens, allemands, scandinaves, même juifs - aient pu, après des difficultés, s’intégrer et se perdre dans la masse américaine, les Noirs n’y sont pas encore arrivés. Deux cent cinquante ans d’esclavage légal, suivis de cent ans de ségrégation, surtout dans le Sud, ont convaincu trop de Blancs que le Nègre est, en effet, un être inférieur. L’intégration réalisée par les autres immigrants leur était impossible à cause de la différence évidente de couleur. Le Noir est né, donc, dans un taudis, insuffisamment nourri parce que sa famille n’a pas assez d’argent pour acheter une nourriture saine, faible de santé parce qu’on n’a pas de quoi se procurer de bons soins médicaux, mal éduqué parce que les écoles qui lui étaient ouvertes étaient nettement inférieures à celles des Blancs et incapable par conséquent de se procurer un emploi qui lui rapporterait assez pour le tirer de la situation où il se trouvait à sa naissance. On doit ajouter que même s’il gagnait assez d’argent pour s’acheter une belle maison dans un quartier convenable, les mœurs étaient telles qu’on ne lui vendrait pas la maison, et le voilà refoulé dans son ghetto intellectuellement et culturellement borné.
C’est pour rendre conscient, le peuple américain de cette pauvreté qui persiste dans ce pays riche que le Dr Martin Luther KING avait projeté la Marche sur Washington de mai 1968. Malheureusement, il est mort avant de pouvoir mener à bout cette confrontation de pauvres avec les dirigeants du gouvernement. Il faut admettre qu’après sa mort l’organisation de la Marche n’était pas brillante et l’on se demande si la Marche et la fameuse Cité de la Résurrection n’ont pas plus agacé qu’informé les législateurs. Je crois que cela a fait du bien : le public américain a dû se rendre compte d’un problème que, jusqu’ici, il a, pour la plupart, ignoré ou supprimé. Mais on ne peut pas dire que la Marche était une réussite éclatante.
Au cours de la « journée de Solidarité », Mme Martin Luther KING a prononcé un discours admirable dans lequel elle a insisté, comme l’avait fait son mari, sur liaison étroite entre la guerre contre des gens de couleur au Vietnam et la pauvreté des Noirs aux U.S.A. Il s’agit, non seulement des attitudes sur la liberté, mais aussi de considérations beaucoup plus pratiques : avec 20 billions de dollars par an pendant dix ans, on pourrait éliminer la pauvreté aux U.S.A. Or, on dépense actuellement 30 billions de dollars par an au Vietnam. La lutte contre la guerre au Vietnam est donc partie prenante de la lutte pour les droits civils.
L’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie a rendu plus difficile la tâche des « colombes » aux U.S.A., car il reste là-bas un farouche anticommunisme qui ressortira tout de suite et qui demandera un durcissement de la guerre au Vietnam et une fin aux efforts vers une détente avec les Russes. Cela rendra plus probable l’élection de M. NIXON à la présidence en novembre.

A la suggestion que l’économie américaine exige une guerre, la réponse fut immédiate et nette ; ce n’est pas vrai : il y a tant de maisons, d’hôpitaux, de routes à construire aux U.S.A. ; il y tant de marchés à créer dans les pays sous-développés, que l’économie américaine pourra se maintenir indéfiniment sans gaspiller des ressources essentielles à la guerre. E les noirs américains pourraient y trouver le travail et la dignité.
S.LEGG